MARCHER LA VIE

par Com Alexandra  -  26 Juin 2020, 12:34

MARCHER LA VIE

DAVID LE BRETON CHEZ EDITIONS METAILIE

Le livre qui tombe à pic pour les vacances. Marcher, déambuler, se promener, balader, vadrouiller, cavaler, lanterner, pérégriner que de mots pour dire les pas qui empruntent les sentiers inconnus, ces échappées belles réinvesties, loin du temps rentable, compté, mesuré, quantifié, codifié au rythme travail profit. Vitesse. Ce temps fou qui nous restreint et nous enferme, où l'on s'oublie.

Marcher c'est la reconnexion avec soi. Le temps. La nature. L'espace. On marche pour reprendre vie, ressentir, guérir, dépenser et cesser de penser ou pour penser consciemment sans tourment. Comme un bilan. Tracer son chemin sur les chemins...Multiples horizons comme un mouvement sans fin. Un labyrinthe (celui De BORGES) éternel, insondable tant il est vaste, comme la vie, nos vies pleines de choix. Prendre une voie sans savoir, aller vers l'inconnu dans l'ignorance de l'arrivée, de la rencontre, du possible à vivre. Un vaste monde, inépuisable. Le Monde entier à nos pieds...

Mieux qu'une marche nuptiale...

Marcher implique plusieurs étapes.

L'avant, l'imaginaire, l'anticipation. De l'avancée prévue. Des chemins à fouler, à découvrir, à admirer.

"Voyager plein d'espoir vaut mieux que d'arriver "STEVENSON

Rêver son parcours, le précéder par la pensée avant la foulée vive, la foulée lente. A folle allure, ou bien moins dense, un rythme propre à chacun, selon son besoin.

Un rythme qui rompt avec le temps présent. Loin du monde, des réseaux sociaux, de l'immédiat rapide.

Comme une musique intérieure. Qui permet d'avancer. 

Un bercement enfantin. Reconnexion avec la Terre Mère.

On décide à volonté du chemin, du temps à prendre, on se pose, on admire, on s'arrête, on ralentit ou on reprend selon son désir, son mouvement. 

On redécouvre son corps, son élan, ses ressources et ses limites. Remettre en scène ce corps immobile, statique, assis bien souvent. 

Avant, nous parcourions des kilomètres quotidiens par nécessité. Les hommes préhistoriques se sont de tous temps déplacés pour manger, première nécessité vitale.

Le chemin choisi importait peu. Il était indispensable à la vie. Comme les migrants aujourd'hui, déplacés pour fuir l'hostilité.

Aujourd'hui, la marche connaît un succès incroyable et va à contre sens de notre monde moderne. On se déleste d'un tout contraignant .

La lenteur face à l'efficacité rapide.

Décrocher du monde pour le contempler...S'abandonner par les chemins, dans les chemins. S'ancrer ...Prendre conscience de ce corps libéré. Loin des écrans. 

A nouveau dans la sensation physique, éprouver son corps, dans la fatigue et l'effort, le découragement et l'épuisement, l'ennui. Mais surtout le sentir en vie, follement. Dans une fulgurance apaisante. Réduire son corps à l'essentiel. Un pas après l'autre. Et rien d'autre.

Marcher comme une évidence vers un lieu accueillant, privilège. Que l'on admire avec les sens réveillés.

Prendre conscience aussi de ce monde naturel. Mis à mal souvent par la main de l'homme qui exploite l'espace et ses paysages.

La marche solitaire pour se retrouver, re naître au monde, à soi. Se réinventer. Comme une philosophie de vie. Un recentrage. Et une immense ouverture.

Ou bien la marche à plusieurs, pour se retrouver ensemble, dans la communication, l'instant privilégié, où l'échange est précieux. Partages de moments foulés au même temps. Marcher sur la même route que tant d'autres avant nous, tant d'autres après nous. Y poser son empreinte, son galet, sa pierre. Dans une célébration commune, anonyme.

Je suis passé par là...J'étais là. Avec toi. Par là.

La marche comme action. Ne plus subir la marche à suivre justement. Devenir maître de ses pas, de son chemin.

Avec ou sans bâton. Compagnon de route. Précieux. 

Avec ou sans sac, selon son envie, son parcours aussi. Le sac qui au fil du chemin, se déleste de nourriture et d'eau. Ce sac moins lourd, moins fardeau. Allégorie des soucis envolés au nombre de kilomètres parcourus.

Ne plus s'encombrer. Redevenir essentiel face à l'évidence de soi et du monde.

Se défaire du connu. Faire place à l'inattendu. Redevenir curieux et éveillé. Eloigner les schémas tout tracés. Mettre un terme à un non sens. 

S'accomplir. Loin d'avant. Du tourment. De l'échec. 

S'écouter...

Et puis en tout dernier temps...dans cette magnifique échappée permise par le corps entité éprouver une certaine mélancolie à rentrer. 

Le faire lentement. Pour préserver ce regard changé. Redynamisé. 

Repartir très vite...En montagne, en campagne, en petite ou grande randonnée, en marche du soir ou en balade d'après midi.

Qu'importe.

Marcher. Comme des premiers pas. Avec l'insouciance et l'envie d'avancer. Energique, puissante. Incroyable.

Pour une fois, mon retour de livre est un condensé de ma lecture.

J'ai tellement été portée par cette marche, tellement ressenti ce tout procuré quand on part en rando, que je voulais être précise.

Parce que ce livre est un voyage précieux. Entre les mains, le monde à fouler.

Une randonnée exhaustive, littéraire et philosophique. Déconnectée...

Demain dès l'aube, je partirai disait Hugo...

Voilà...Je pars...Je mets mes chaussures et je file en rando. A tout bientôt...

 

 

 

 

Pas de play list pour cette lecture. Se laisser bercer par les mots et le voyage proposé. A son rythme.

Comme quand on avance sur un sentier. Ecouter. Regarder. Apprivoiser le monde. Son silence. Ses échos. Sa vie.

Les lectures évidentes pour aller plus loin:

Les rêveries du promeneur solitaire de Rousseau

Par les routes de Sylvain Prudhomme

Sur la route de Jack Kerouac

Les Contemplations d'Hugo

Les deux livres sur la marche du même auteur (David le Breton) que je vais m empresser de lire. 

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